Il n’y a pas si longtemps, l’approche de l’éducation en ligne était simple. Un expert décidait de créer un cours sur un sujet précis, l’enregistrait et le vendait comme solution à un problème particulier. Cette approche avait beaucoup de sens. Pourquoi ne pas obtenir toutes les informations possibles auprès de quelqu’un qui est déjà prospère, expérimenté et confiant ?
Cette approche a été efficace, du moins pendant un certain temps. Le rythme du marché était plus lent, l’évolution des compétences aussi, et la volonté de regarder de longues vidéos à une seule voix était plus élevée. La promesse d’un cours était d’apporter un sentiment d’ordre dans un monde chaotique, et beaucoup de cours ont effectivement réussi à offrir ce sentiment d’ordre.
Cependant, les conditions qui rendaient cette approche si efficace n’existent plus. Le rythme de l’industrie s’est tellement accéléré qu’il est impossible de suivre. Le développement des outils s’est accéléré au point que les meilleures pratiques deviennent obsolètes en quelques mois. S’appuyer sur une seule perspective, aussi bonne soit-elle, ne peut pas suivre ce rythme.
De plus, l’approche des apprenants d’aujourd’hui a changé. Ils ne veulent pas d’un héros ; ils veulent une solution. Ils veulent des réponses à leurs questions, des points de vue variés et des informations constamment mises à jour pour refléter la réalité changeante du monde. Lorsqu’un cours dépend des connaissances, du temps et des opinions d’une seule personne, il devient une solution très instable.
C’est pourquoi l’approche « un expert, un cours » touche à sa fin. Ce n’est pas parce que les experts ne sont pas assez compétents, mais parce que la manière d’apprendre a simplement changé.
Ce qui a changé dans l’éducation et la consommation du savoir
Le plus grand changement est la vitesse. Les compétences qui étaient utiles pendant des années deviennent désormais obsolètes en quelques mois. De nouveaux outils apparaissent constamment. Les règles varient selon les plateformes. Le monde s’adapte aux changements économiques, aux réglementations et aux nouveaux outils bien plus vite qu’un cours ne peut être mis à jour.
Mais la façon dont les gens consomment l’information a également changé. Ils ne veulent plus lire de longues explications qui commencent par de la théorie et se terminent par une motivation vague. Ils veulent des réponses immédiatement applicables. Ils veulent des exemples, du contexte et des preuves que quelque chose fonctionne réellement dans des conditions réelles.
La capacité d’attention a aussi évolué. Ce n’est pas que les gens ne sont pas intéressés, c’est qu’ils sont efficaces. Ils comparent les cours à du contenu en temps réel, à des communautés et à des conversations. Si un cours ne les aide pas à progresser rapidement, ils ne resteront pas pour regarder une vidéo ou lire un article.
Le changement suivant est l’accès. Les gens sont exposés à de nombreux experts en même temps. Ils peuvent écouter des podcasts, lire des newsletters et rejoindre des groupes sur les réseaux sociaux. Ils reçoivent de nombreuses opinions à la fois. Si un cours présente une seule opinion comme étant la seule correcte, ils ont l’impression de ne pas en avoir assez.
Un autre changement est que les résultats comptent beaucoup plus que les diplômes. Les gens se soucient peu de qui enseigne. Ils veulent savoir ce qu’ils pourront faire après avoir terminé un cours. Ils ne veulent pas perdre de temps. Si un cours ne leur permet pas de développer de véritables compétences, ils ne resteront pas longtemps.
Le monde est passé d’un modèle éducatif basé sur la consommation du savoir à un modèle basé sur l’application du savoir. Et cela pose problème pour tout modèle reposant sur une seule personne.
Les limites d’un expert unique
Aussi compétents que soient les experts, une seule personne ne peut accomplir qu’un nombre limité de choses. Chaque expert a ses forces et ses faiblesses, et ce qui a fonctionné dans une situation ne fonctionnera pas forcément dans une autre. Lorsqu’un cours repose sur l’expertise d’un individu unique, ses limites deviennent partie intégrante du produit.
Le savoir vieillit plus vite que les marques personnelles
Un expert peut créer un cours rempli d’informations précieuses, mais le maintenir à jour demande du temps et de l’argent. En réalité, de nombreux cours n’ont pas été actualisés depuis des années, et les informations présentées ne sont plus exactes, parfois même sans que l’expert s’en rende compte.
Le biais personnel
Le biais est un autre problème. Les experts enseignent souvent ce qui a fonctionné pour eux, et non ce qui fonctionne de manière générale. Leur parcours devient la référence, même s’il n’est plus applicable. Sans points de vue alternatifs, les apprenants ne peuvent pas voir ce qui pourrait ne pas fonctionner.
La limite pratique
Il existe aussi une limite très concrète : une seule personne ne peut pas tout faire. Plus les cours atteignent de personnes, plus la qualité du soutien diminue. L’individu ne peut fournir qu’une certaine quantité d’informations et d’accompagnement avant d’être dépassé. Il finit par devenir un goulot d’étranglement.
Aucun de ces problèmes ne rend les experts moins précieux. Mais un apprentissage basé sur une seule voix s’adapte lentement et se développe difficilement.
Comment les étudiants apprennent réellement aujourd’hui
Le processus d’apprentissage actuel ressemble davantage à une boucle. Une personne apprend quelque chose, essaie, échoue, puis recommence. Le processus est plus circulaire que linéaire, avec des allers-retours entre la théorie et la pratique.
Les apprenants utilisent également plusieurs sources d’information. Ils lisent différents contenus puis appliquent ce qu’ils ont appris. L’un expliquera le « pourquoi », un autre le « comment », et un troisième partagera des échecs réels. Il est donc impossible qu’un seul cours suffise à couvrir un sujet.
Un autre changement est l’importance des communautés. Les apprenants progressent entourés de personnes légèrement plus avancées qu’eux. Ils posent des questions, reçoivent des retours, observent les échecs et les adaptations des autres.
Cela permet d’accompagner l’apprenant en travaillant avec des experts ou des mentors du domaine. La valeur ne réside plus dans la possession du contenu, mais dans sa bonne curation.
Un autre changement dans le processus d’apprentissage est que les gens veulent apprendre uniquement lorsqu’ils rencontrent un problème :
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Ils veulent apprendre en cours de route sans devoir tout apprendre avant de commencer.
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Ils veulent un apprentissage en petites portions, pas long et interminable.
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Ils veulent un apprentissage qui ne devienne pas obsolète en une semaine.
Peut-être le changement le plus important est que les gens veulent un apprentissage qui évolue dans le temps. Ils veulent un apprentissage qui propose des mises à jour et de nouveaux exemples. Ils veulent un apprentissage qui ne devienne pas obsolète en une semaine.
L’essor des modèles multi-experts et modulaires
À mesure que la nature de l’apprentissage a évolué, les formats ont évolué eux aussi. Au lieu d’un seul expert fournissant l’intégralité du cours, de nombreux cours sont désormais le résultat d’un travail d’équipe. Chaque membre contribue dans un domaine où il possède une expérience récente et concrète.
Cela conduit à une plus grande modularité. Au lieu d’un cours entier sur un seul sujet, le contenu est divisé en parties plus petites qui répondent à des problèmes spécifiques. Cela permet aux apprenants d’entrer dans le cours à différents moments et de revoir uniquement ce qu’ils ont manqué. Cela rend aussi le processus d’apprentissage plus honnête.
Le modèle multi-experts a également l’avantage d’être plus facile à mettre à jour. Si un outil ou une méthode change, une section spécifique peut être réécrite sans revoir tout le cours.
Le modèle multi-experts offre aussi un meilleur équilibre. Un expert unique peut avoir une vision particulière d’un sujet, tandis qu’une équipe apportera des points de vue variés. Cela permet à l’apprenant de voir différentes facettes et de comprendre les compromis.
Cela ne signifie pas que l’expertise a disparu ; elle a été redistribuée. L’apprentissage a été systématisé.
Ce que cela signifie pour les créateurs de cours
Pour les créateurs de cours, ce changement modifie leur rôle. L’accent n’est plus mis sur le fait d’être une figure d’autorité, mais sur la construction d’un système d’apprentissage. La question n’est plus « Que sais-je ? », mais plutôt « Que l’apprenant doit-il savoir, et qui peut m’aider à le transmettre ? »
Cela peut se faire en collaborant avec d’autres personnes capables d’aider l’apprenant, qu’il s’agisse d’experts ou de mentors dans le domaine. La valeur ne réside plus dans la possession du contenu, mais dans sa bonne curation.
Cela s’applique également à la maintenance du cours. Le cours n’est plus un produit que l’on lance une fois pour toutes, mais un produit évolutif qui nécessite des mises à jour et des améliorations constantes. Cela peut demander plus de travail, mais il y a moins de pression pour être parfait. Les créateurs ne sont plus obligés de tout savoir, puisque la pression d’être l’autorité disparaît.
Ce que cela signifie pour les apprenants
Ce changement sera en grande partie une bonne nouvelle pour les apprenants. On ne leur promettra plus des objectifs irréalistes. Ils pourront développer des compétences à partir de multiples perspectives et s’adapter rapidement au changement.
Les attentes seront également plus raisonnables
Personne ne peut garantir de devenir expert après un cours. L’apprentissage d’aujourd’hui sera centré sur le progrès, et non sur la transformation. Les gens pourront développer des compétences et les appliquer immédiatement.
Le processus de choix des cours va aussi changer
Plutôt que de chercher un expert, les apprenants devraient s’intéresser à la façon dont le cours a été créé. Les indicateurs importants seront la collaboration de plusieurs personnes, les mises à jour régulières, les exemples concrets et la présence d’une communauté.
L’apprenant devra également être plus autonome
Avec l’apprentissage modulaire, ils pourront être plus flexibles. Mais ils devront identifier ce qu’ils doivent résoudre ensuite.
L’apprenant ne sera plus un étudiant passif. Dans ce nouveau modèle, il sera un apprenant actif. La valeur ne résidera plus dans la simple consommation de contenu.
Conseils pratiques pour s’adapter au nouveau modèle
Ce changement concerne tous les acteurs de l’éducation. Voici quelques façons pour les experts de s’adapter s’ils abandonnent les cours en solo :
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Se concentrer sur un domaine d’expertise au lieu d’essayer de tout faire
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Travailler avec des praticiens qui apportent une expérience concrète et récente
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Envisager de contribuer avec des modules ou des ateliers plutôt qu’avec des cours complets
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Mettre à jour plus fréquemment de petites parties du contenu
Et voici quelques façons pour les experts travaillant sur de nouveaux produits éducatifs de s’adapter :
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Créer des cours centrés sur des problèmes plutôt que sur des sujets
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Rendre le contenu modulaire afin qu’il puisse être facilement modifié
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Mettre en place des boucles de retour d’information dès le début avec les apprenants
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Utiliser de nombreux types de leçons, d’études de cas, de discussions et de pratiques
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Considérer les cours comme des produits évolutifs plutôt que comme du contenu statique
Et enfin, voici quelques façons pour les apprenants de s’adapter :
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Identifier votre problème avant d’acheter quoi que ce soit
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Utiliser plusieurs sources d’information au lieu d’un seul cours
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Rechercher des communautés actives et des mises à jour fréquentes
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Appliquer immédiatement ce que vous apprenez, même à petite échelle
L’idée est que l’éducation doit être flexible, car les choses changent. La meilleure façon dont l’éducation peut fonctionner aujourd’hui passe par des systèmes plutôt que par du contenu, et par la collaboration plutôt que par l’isolement.
Conclusion
Les jours du modèle « un expert, un cours » touchent à leur fin. L’apprentissage est désormais un ensemble de compétences en constante évolution. Les contextes dans lesquels les gens apprennent varient énormément. Une nouvelle valeur est accordée à la collaboration, à la modularité et aux mises à jour continues.
Mais l’apprentissage est meilleur lorsqu’il est combiné à d’autres points de vue, à des cas réels et à des retours d’expérience. Il devient plus fort lorsqu’il reflète la manière dont les choses sont réellement faites. C’est ainsi qu’il redevient utile.